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angoisse et chasse à l’homme sur les groupes Facebook

En Saône-et-Loire, c’est « une Peugeot rouge », aperçue près de chevaux, dont on diffuse la plaque d’immatriculation ; dans la Mayenne, ce sont deux hommes surpris dans un champ qui ont « pris la fuite à bord d’une Alfa[-Romeo] noire » ; dans l’Eure-et-Loir, une voiture blanche qui passe au ralenti le long d’un pré ; « Les chevaux sont rentrés tous les soirs, et le fusil est chargé », prévient la propriétaire d’un cheval qui, comme des milliers d’autres, est terrifiée à l’idée que son animal soit à son tour retrouvé lacéré ou tué.

Depuis deux mois, une trentaine de cas au moins ont été signalés en France, et les autorités, comme le gouvernement, sont mobilisés pour trouver des réponses.

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Portrait-robot

Sur les forums de passionnés de chevaux, comme dans les groupes Facebook consacrés à l’animal ou directement à l’affaire des « mutilations de chevaux », la peur est palpable. La colère aussi. Sous le portrait-robot représentant un homme suspecté d’avoir agressé le gérant d’un centre pour animaux dans l’Yonne, diffusé par la gendarmerie et partagé plus de 500 000 fois sur Facebook, des dizaines de messages appellent au lynchage du suspect, à le « bouillir vivant » ou à lui « couper les deux mains et les couilles ». « Si vous rencontrez ce type… Tirez d’abord et faites le 117 après… », conseille un internaute.

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Au-delà du caractère choquant des mutilations signalées depuis cet été, leur nombre et le caractère mystérieux de leur origine alimentent la peur. De très nombreux propriétaires cherchent à comprendre, et élaborent des théories, très simples ou très alambiquées, entre sectes satanistes, pervers zoophiles, voyous et sorcellerie.

Mais plus encore que des réponses, ce sont surtout les moyens de se protéger que recherchent les propriétaires de chevaux, qui sont nombreux à expliquer qu’ils ne dorment plus depuis le début de l’affaire. Des dizaines de messages demandent des conseils pour l’achat d’une caméra de chasse, avec ou sans carte SIM ; les recherches Google pour ce type d’appareils, qui se déclenchent au mouvement, ont ainsi explosé ces dernières semaines en France.

Dans le 31, le 39, le 91, le 73, le 28 et bien d’autres départements, des groupes WhatsApp ont été mis en place pour diffuser plus rapidement les signalements de véhicules suspects ou les conseils de la gendarmerie. Sur Facebook, un long message expliquant comment utiliser une lampe torche pour se défendre a recueilli plus de 190 commentaires.

Entre prudence et paranoïa

Dans ce contexte tendu, même les événements les plus anodins deviennent source d’inquiétude. Un éleveur publie ainsi un e-mail reçu récemment, demandant des renseignements pour une adoption : « Moi et un autre éleveur de la même race [équine] dans le coin, avons reçu cet e-mail un peu étrangement formulé, qu’on a trouvé tous deux un peu suspect dans le contexte actuel (pourtant des e-mails de demande d’infos, on en reçoit souvent sans que ça nous interpelle). »

Entre prudence et paranoïa, la ligne est parfois difficile à tenir. Sur les forums et les groupes Facebook, de nombreux passionnés de chevaux diffusent également des appels au calme. « Merci de ne pas diffuser les numéros de plaques des véhicules que vous “jugez” suspects. C’est illégal, et très dommageable en cas d’erreur de plaque », demande ainsi une internaute en réponse à un message alertant sur un véhicule louche.

Et face aux très nombreux signalements, les propriétaires d’animaux sont souvent perdus. Le déluge d’informations fait que « les gens n’arrivent plus à distinguer le vrai du faux », note un membre d’un important groupe Facebook consacré aux mutilations de chevaux. « Le souci, à l’heure actuelle, c’est que tout le monde devient potentiellement suspect, alors comment distinguer la personne de bonne foi qui surveille les parcs afin de pouvoir aider, et celle, malfaisante, qui vient effectivement en repérage ? »

Une situation qui met également les modérateurs de ces espaces de discussion à rude épreuve. « Nous remarquons de plus en plus de commentaires insultants », écrit l’un des administrateurs d’un important groupe. « Nous sommes tous fatigués et stressés par la situation actuelle. Je vous demande s’il vous plaît de modérer vos propos afin que les échanges soient riches, fructueux et courtois. Tout le monde veut bien faire, n’oublions pas que c’est en étant unis qu’on avancera et protégera nos chevaux. »

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Le Monde

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