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Apple tire un trait sur les processeurs Intel dans ses ordinateurs

En introduction de la Worldwide Developers Conference (WWDC), sa conférence mondiale annuelle destinée aux développeurs, lancée le 22 juin, Apple a annoncé son divorce avec Intel, le célèbre fondeur de puces qui fabrique depuis 2006 les processeurs des Mac, et qui équipe la majorité des PC Windows depuis les années 1980.

Cette rupture n’est pas anodine, car le processeur est une pièce centrale dans un ordinateur : c’est l’un des éléments qui a le plus d’impact sur sa rapidité. Sa capacité à économiser l’énergie conditionne aussi l’autonomie de la batterie de l’ordinateur. Apple a décidé de remplacer les processeurs d’Intel qui équipent ses ordinateurs Mac par les puces qu’il développe lui-même depuis plus de dix ans et dont sont munis ses smartphones et ses tablettes. Le dernier représentant de cette gamme est l’A13 qui réside au cœur des iPhone 11.

Rapidité et autonomie

Selon Apple, ces puces maison devraient permettre d’améliorer l’autonomie des Mac et de gonfler leurs performances. Intel connaît en effet des problèmes de miniaturisation de ses circuits électroniques depuis quelques années, qui lui ont fait perdre du terrain face à d’autres fondeurs. Plus un circuit électronique est gravé finement, moins il dégage de chaleur, ce qui permet d’augmenter sa vitesse sans craindre la surchauffe. Les processeurs d’Apple profitent, eux, d’un niveau de miniaturisation parmi les meilleurs.

Ces évolutions permettront sans doute d’affiner légèrement le design des MacBook

Cette évolution surviendra sous le capot des MacBook et des iMac entre la de fin 2020 et 2022 selon les modèles, et semble-t-il aussi sur ses Mac Pro, qui recourent aujourd’hui pour certains à des processeurs Intel spécifiques dotés de circuits électroniques élargis, dotés de plus de cœurs, pour accélérer les calculs. Même si ces évolutions permettront sans doute d’affiner légèrement le design des MacBook, les ordinateurs portables d’Apple, on pourrait penser qu’elles seront peu visibles pour la majorité des consommateurs. Et ce serait une erreur : l’expérience de Microsoft indique au contraire que ce type de transition n’est pas anodin.

Une transition mouvementée ?

Microsoft, basé à Seattle (Etat de Washington), tente depuis 2012 de créer une deuxième famille d’ordinateurs Windows, non plus équipée de processeurs Intel, mais de puces destinées aux smartphones, dont la conception n’est pas si éloignée des puces d’Apple. Dans leur quête, la multinationale et ses partenaires industriels butent sur les mêmes problèmes depuis huit ans : malgré les astuces employées, certains logiciels sont très ralentis lorsqu’ils tournent avec un processeur de smartphone, et d’autres refusent simplement de démarrer.

En 2006, Apple avait abandonné les processeurs d’IBM pour adopter ceux d’Intel

Il n’est pas exclu qu’Apple réussisse là ou Microsoft n’a pas encore réussi à convaincre. Car contrairement au géant du logiciel, Apple ne laisse pas d’autre voie ouverte que celle de la rupture avec Intel : la transition doit impérativement être un succès. En outre, la marque réitère le même tour de passe-passe qu’en 2006, lorsqu’elle avait abandonné les processeurs d’IBM, les Power PC qui équipaient ses ordinateurs, pour adopter ceux d’Intel. La transition fut mouvementée — les performances de certains logiciels chutant drastiquement pendant un moment —, mais finalement réussie.

Pour connaître un succès semblable, Apple a engagé un plan de bataille assez similaire à celui de 2006 en concevant une sorte de traducteur automatique, baptisé comme à l’époque « Rosetta », capable de faire parler les logiciels conçus pour processeurs Intel aux puces d’Apple. Selon le fabricant, Rosetta parviendrait déjà à faire tourner la majorité des logiciels, sans doute de façon ralentie, précisons-le. Certains refuseront toutefois de fonctionner, et il n’est pas exclu que, dans certains cas, leurs créateurs refusent d’investir les journées de travail nécessaires à les convertir.

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Les applications iPad disponibles sur Mac

Apple a embarqué dans l’aventure Adobe et Microsoft, les éditeurs de deux suites logicielles particulièrement populaires. Un haut gradé d’Apple a montré des versions de LigthRoom, Photoshop, Word et Excel tournant sur un prototype d’ordinateur à processeur Apple. Ces applications auraient donc déjà été rebâties pour fonctionner sur les futurs nouveaux Mac.

On peut cependant espérer que les suites Adobe Creative et Microsoft Office soient disponibles dès la sortie

Précisons que cette démonstration n’a pas été faite en direct — la conférence se déroulait exceptionnellement sans public pour cause de pandémie. On peut cependant espérer que les suites Adobe Creative et Microsoft Office soient disponibles dès la sortie du premier MacBook équipé de puces Apple, à la fin de l’année. Cela n’était pas le cas lors de la transition de 2006.

La firme de Cupertino (Californie) a fourni aux créateurs de logiciels destinés aux Mac des outils qui leur permettront de développer (ou de réécrire) leurs applications pour qu’elles soient compatibles à la fois avec les nouveaux Mac à puces maison et les anciens Mac à puces Intel, voire avec les iPad et les iPhone. Ce qui nous amène à un point particulièrement intéressant de cette annonce : les applications tablettes et smartphones pourront désormais être ouvertes sur Mac.

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Une victoire pour Arm

L’éviction d’Intel est l’ultime rebondissement d’une guerre des processeurs dans laquelle sont engagés plusieurs spécialistes des circuits électroniques depuis les années 1970. Les deux principaux leadeurs de ces vingt dernières années ont été Intel et Arm, un bureau de conception anglais dont les plans sont à l’origine des processeurs de nombreux smartphones actuels. Arm ne fabrique pas ses propres puces, mais l’architecture des processeurs qu’il imagine est utilisée par de nombreux fondeurs, dont Samsung, Qualcomm, TSMC, et Apple, qui l’adapte en profondeur en lui ajoutant ses propres circuits — graphique, neuronal ou de sécurité, notamment.

Intel et Arm ont progressivement cherché à se concurrencer sur leur terrain respectif

A l’origine, Intel et Arm partaient pourtant de positions très différentes. Dans les années 1980, Arm concevait des puces très économes mais assez lentes, destinées aux appareils compacts, alors qu’Intel produisait des processeurs très puissants mais particulièrement gourmands, qui dégageaient une chaleur telle qu’il fallait les ventiler abondamment. Les deux spécialistes des circuits électroniques ont progressivement cherché à se concurrencer sur leur terrain respectif en cultivant les qualités de leur adversaire. Intel a tenté à plusieurs reprises de prendre pied sur le marché florissant des smartphones et tablettes, avec un succès très mitigé. C’est aujourd’hui Arm qui remporte une nette victoire sur son concurrent en envahissant son territoire, celui des ordinateurs portables. Cela n’est pas un coup mortel pour Intel, dont les ventes à Apple ne représentent qu’environ 3 % du chiffre d’affaires.

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