Friday , July 3 2020
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Avec la libra, Facebook entend prendre « un rôle central dans le nouveau théâtre de la transition numérique »

Tribune. Avec la forte accélération du commerce électronique, des réseaux sociaux, des visioconférences et du télétravail, la crise sanitaire pourrait avoir fait gagner plusieurs années à la transition numérique. Elle pourrait aussi précipiter l’arrivée de « l’économie décentralisée » dont la libra, la monnaie numérique lancée par Facebook, est l’emblème.

La libra a été annoncée il y a un an comme un nouveau bitcoin soutenu par une vingtaine de sociétés technologiques. Après avoir défié les Etats et les banques centrales, elle semble maintenant vouloir se racheter une conduite. Le concept de monnaie mondiale indépendante cède le pas aux libra-dollar et libra-euro et se soumet à la préséance des autorités des marchés financiers. Facebook se limiterait ainsi à prendre une part du marché des transferts d’argent transfrontaliers… et à augmenter le prix de ses publicités.

Pourtant, ce nouveau positionnement n’est qu’une façade. Comment imaginer que Mark Zuckerberg ait engagé un rapport de force avec les régulateurs et l’image de son groupe pour ne plus tenir qu’un second rôle ? Son ambition est intacte : il s’agit de préparer pour son groupe un rôle central dans le nouveau théâtre de la transition numérique.

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Acte I : le yuan numérique se prépare discrètement depuis cinq ans. En cours de test à Suzhou [à l’ouest de Shanghaï], il est prêt à être déployé par WeChat et Alipay, les équivalents chinois de Facebook et Amazon. Prenant brutalement conscience des enjeux de souveraineté monétaire puis géopolitiques, les banques centrales occidentales ont réagi compulsivement en menaçant la libra, en lançant leurs propres projets et, aux Etats-Unis, en précipitant la création du cryptodollar à l’occasion du plan de relance post-Covid-19… avant finalement d’y renoncer !

500 milliards de dollars

Acte II : après avoir adopté une attitude moins rebelle, le consortium Libra négocie aujourd’hui des licences, à commencer par la Suisse-libra, afin de pacifier sa relation avec les régulateurs. Non seulement elle a besoin d’eux comme les premiers constructeurs automobiles ont eu besoin du code de la route, mais le rapport de force lui est défavorable. Alors que le camp chinois – banques nationales, WeChat et Alipay – dispose d’un arsenal de neuf cents brevets, ni Libra ni Facebook n’ont de brevets sur les cryptomonnaies. Ils ont impérativement besoin d’alliés, or Visa et Mastercard n’ont pas résisté à la pression et ont quitté Libra avec leurs cent brevets.

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