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“Ça pourrit la vie des gens”

Des conversations qui coupent et des pages web qui peinent à s’afficher. C’est le quotidien des habitants de Brassy (Nièvre), un village situé dans le parc naturel régional du Morvan, au beau milieu d’une zone blanche. Faute d’antenne relais à proximité, le réseau mobile y est très capricieux. Jean-Sébastien Halliez, maire (PS) de la commune depuis 2008, a tenu à nous en faire la démonstration, mercredi 30 septembre. “Là, je suis en H+, j’ai deux barres [de réseau], indique-t-il, on est un peu plus sûrs d’avoir le message. A une barre, ce n’est absolument pas garanti.” 

Ces dernières années, Jean-Sébastien Halliez a tout essayé pour apporter un réseau fiable et l’internet mobile à son village, qui compte un peu plus de 600 habitants. Il nous reçoit à l’heure de la permanence municipale dans son bureau, où le problème de la couverture téléphonique revient presque chaque semaine. “Même à la mairie, ça ne capte pas toujours“, grimace-t-il, avant de reposer son smartphone. Les pétitions et cahiers de doléances se sont succédé, sans résultat. Les problèmes qui y sont évoqués s’avèrent pourtant très gênants.

“Nous avons des rituels pour téléphoner, raconte une habitante du village dans un recueil datant de septembre 2019, soit au bord de la fenêtre du troisième étage ou alors le bras levé le long de la voie romaine”. “Il n’est pas prudent d’être isolé ici”, renchérit une voisine. Sur une vingtaine de pages, particuliers et professionnels de la commune relatent leurs déboires technologiques, concernant les services en ligne, les terminaux de carte bancaire et les livraisons de colis notamment. “Ça crée un stress pyschologique pour les personnes âgées, les jeunes, les touristes, déplore Jean-Sébastien Halliez. Ça pourrit la vie des gens.

Bien longtemps, l’édile s’est senti impuissant face aux opérateurs de télécommunications, pour qui le village de Brassy n’était pas une priorité. “On a un pouvoir d’interpellation qui est limité, rappelle-t-il. On sait bien que derrière, il y a des enjeux financiers colossaux. L’installation d’une antenne, coûteuse pour un opérateur, risquerait de ne pas être rentable dans cette commune peu peuplée. 

On demande simplement que chaque Français puisse avoir les mêmes chances de pouvoir communiquer.

Jean-Sébastien Halliez

à franceinfo

Pour remédier à cette couverture inégale du territoire, l’Etat français multiplie les politiques d’aménagement depuis 2003, année où le terme “zone blanche” a fait son apparition. Dernier plan en date, le “New Deal mobile”, lancé en 2018, a pour objectif de faire construire 5 000 sites 4G par chacun des opérateurs d’ici la fin 2022. Parallèlement, le village de Brassy est désormais listé parmi les communes prioritaires et devrait voir arriver une antenne 4G “au début de l’année prochaine” se félicite Jean-Sébastien Halliez. De quoi raccorder une grande partie des villageois, qui attendent les quatres barres de pied ferme.

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