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comment les polices européennes ont pénétré le réseau crypté Encrochat

Pour avoir fait une confiance aveugle à la technologie, le crime organisé européen tout entier vient de subir un coup sans précédent dans son histoire. Pendant des mois, vingt polices européennes ont pu suivre en temps réel les activités occultes du narcotrafic, des marchands d’armes, des réseaux de blanchiment d’argent sale ou de traite d’êtres humains. Les groupes criminels nationaux comme internationaux pensaient, à tort, que leur système de communication crypté Encrochat était le plus sûr au monde. En réalité, ils agissaient à ciel ouvert.

Jeudi 2 juillet, au siège d’Eurojust, à La Haye (Pays-Bas), les justices néerlandaise et française, en pointe dans cette enquête, ont raconté comment elles avaient pénétré ce réseau ultra-sécurisé et intercepté près de cent millions de messages. « C’est comme si nous étions à la table des criminels », a commenté la patronne de la police néerlandaise, Janine Van Den Berg. Les résultats sont déjà spectaculaires et il faudra des mois pour exploiter toutes les informations collectées.

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Cette affaire hors norme, qui fait basculer la lutte contre le crime organisé en Europe dans une autre ère, a débuté, en 2017, par une banale enquête préliminaire sur des faits de trafics de stupéfiants ouverte par le parquet de Lille. Confiée aux gendarmes, elle se heurte très tôt au cryptage d’un mystérieux réseau de communication, Encrochat, un véritable mur technologique qui fait également obstacle à nombre d’investigations judiciaires en Europe. « Ce réseau non déclaré avait installé ses serveurs en France et disposait d’une clientèle mondiale », explique la procureure de Lille, Carole Etienne. Près de 90 % de ses utilisateurs seraient, selon la justice française, reliés au monde criminel.

Si la France n’a pas encore, à la différence d’autres pays, fait tomber de gros réseaux criminels grâce à cette enquête, elle a joué un rôle clé en fournissant la solution technique pour aspirer discrètement tout le contenu des téléphones Encrochat, réputés inviolables. L’exploitation des échanges a été partagée avec les Pays-Bas et d’autres justices européennes, notamment au Royaume-Uni, en Espagne, en Suède et en Norvège. Seule une centaine de téléphones chiffrés par le système Encrochat ont été identifiés en France mais ils ont donné lieu à l’ouverture d’enquêtes sur d’autres trafics de stupéfiants, d’armes et de blanchiment d’argent.

Les Pays-Bas, avec qui les Français ont commencé à travailler en 2019 avant de former, en avril 2020, une équipe d’enquête commune, ont vécu « un tournant historique en matière lutte contre le crime organisé », à en croire Andy Kraag, chef de la division nationale des investigations. En quelques mois, une centaine de personnes ont été arrêtées. Dix tonnes de cocaïne et 1 200 kg de crystal méthamphétamine ont été saisis, dix-neuf laboratoires clandestins de drogues synthétiques ont été démantelés. Les policiers ont enfin fait main basse sur des dizaines d’armes automatiques et 20 millions d’euros en espèces.

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