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Comment l’Europe tente d’enrayer la fuite de ses données

L’Europe veut-elle en découdre avec les géants américains du numérique, comme tentent de le faire les trois voisins désemparés du film français Effacer l’historique, sorti cet été ? Ces derniers, d’anciens « gilets jaunes » qui se désolent de voir leurs vies privées prises au piège de la Toile et de leurs smartphones, décident de demander des comptes aux stars d’Internet.

Comme les personnages du film, le Vieux Continent entend lui aussi passer à l’offensive. La vie privée des internautes, leurs noms, adresses, téléphones, cartes de crédit et autres informations personnelles collectées par les réseaux sociaux ou les sites de commerce sont piégés dans d’immenses entrepôts d’ordinateurs formant le cloud, un nuage de centres de données disséminés dans le monde et détenus très majoritairement par des géants américains. Amazon Web Services (AWS), Microsoft (Azure), Google (Drive) et Apple (iCloud) détiennent à eux seuls plus de 70 % du marché des services d’hébergement massif de données, stockées en général aux Etats-Unis.

Cette dépendance préoccupe l’Europe, soucieuse de restaurer sa « souveraineté numérique ». Surtout lorsque les data exploitées sont sensibles. Karim Khelfaoui, un médecin exerçant à Marseille, s’est notamment révolté sur les réseaux sociaux en mai contre la collecte des données personnelles de santé de ses patients et de leurs proches. L’administration lui demande en effet, comme à tous les médecins, de les « faire remonter » à l’Assurance-maladie (la Sécurité sociale), afin d’envoyer, dans les foyers suspects ou ayant une personne positive au coronavirus, une « brigade sanitaire » pour lutter contre le Covid-19. « Je suis médecin, pas flic !, s’est insurgé Karim Khelfaoui. Il est hors de question que je viole le secret médical et la confiance de mes patients. Surtout que leurs données de santé seront stockées sans leur consentement sur de nouveaux systèmes d’information, comme la plate-forme Health Data Hub, qui est hébergée par Microsoft. »

Savoir où se trouvent leurs données personnelles est une question qui taraude les Européens. Mais elle reste souvent sans réponse, car ni les Gafam (Google, Apple, Facebok, Amazon, Microsoft) ni les entreprises en ligne ne sont tenus d’afficher le pays où ils les hébergent. « Le responsable du traitement des données n’a pas l’obligation d’indiquer leur lieu d’hébergement et de stockage aux personnes dont les informations sont collectées. Pourtant, lorsque le serveur est localisé en dehors de l’Union européenne, ce serait une bonne pratique », souligne l’avocate Christiane Féral-Schuhl. En France, la loi dite « pour la confiance dans l’économie numérique » oblige depuis 2004 les sites Internet à mentionner les coordonnées de l’hébergeur. « Mais l’adresse de l’hébergeur peut être distincte du pays de stockage », relèvent Sandra Tubert et Laura Ziegler, deux autres avocates.

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