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Deux mois avant l’élection présidentielle américaine, Facebook tente de consolider ses défenses

Facebook anticipe une présidentielle américaine mouvementée, contestée et même violente. Le réseau social a annoncé, jeudi 3 septembre, une série de nouvelles mesures destinées à limiter les contestations et les manipulations de l’élection qui se tiendra le mardi 3 novembre.

« Avec un pays si divisé, et des résultats qui pourraient mettre des jours voire des semaines à être finalisés, je crains les risques d’instabilité sociale. Cette élection ne sera pas une élection normale », explique Mark Zuckerberg, sur sa page Facebook, en référence à un pays électrisé par les tensions liées aux violences policières, à une campagne de plus en plus houleuse entre les deux candidats et à la pandémie de Covid-19.

Facebook prévoit d’abord un dispositif qui semble spécialement taillé pour la campagne de Donald Trump. Si l’un des deux candidats revendique la victoire avant que le résultat de l’élection ne désigne un vainqueur net, un avertissement sera apposé à côté de chacune de ses publications, renvoyant vers les résultats officiels. Des deux favoris dans la course à la Maison Blanche, seul son actuel locataire a déjà sous-entendu qu’il pourrait ne pas accepter les résultats du 3 novembre. Plus généralement, un avertissement figurera sur toute publication qui « cherchera à délégitimer le résultat de l’élection ou contestera la légitimité des méthodes de vote ».

Limiter la désinformation

Facebook veut aussi contrer d’éventuels messages destinés à décourager les électeurs de voter, une technique qui peut être utilisée pour gonfler le score relatif d’un des deux candidats et, par conséquent, pour influencer directement le résultat de l’élection. Le réseau social va donc élargir les types de messages qu’il considère comme entravant le vote et, dans le cas où certains messages laisseraient entendre que voter pourrait conduire à contracter le Covid-19, Facebook renverra vers des informations fiables concernant la pandémie.

Supprimer les fausses informations concernant les modalités de vote

Facebook, comme de nombreux experts, craint que les résultats définitifs ne mettent plusieurs heures voire plusieurs jours à être connus. « C’est lorsqu’il y a un vide que la désinformation et la mésinformation sont les plus virulents », résumait, il y a quelques jours, lors d’une conférence de presse, Nathaniel Gleicher, le cadre de Facebook chargé de la protection des élections. Mark Zuckerberg s’est ainsi engagé à supprimer les fausses informations concernant les modalités de vote jusqu’à ce qu’un résultat clair se dégage.

La façon de voter est au cœur d’un débat brûlant aux Etats-Unis. Donald Trump a, à plusieurs reprises, laissé entendre que le vote par correspondance – populaire en période de pandémie – était propice à la fraude, ce qui n’a pourtant jamais été démontré.

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Une timide limite à la publicité politique mensongère

Facebook espère aussi contrer la propagation de fausses informations sur Messenger, son outil de discussion instantanée. Pour ce faire, il reproduit ce qu’il a déjà fait pour son autre messagerie, WhatsApp : une limitation à cinq du nombre de contacts à qui un message peut être transféré en une seule fois. Le réseau social a également annoncé qu’aucune publicité politique ne pourra être diffusée dans la semaine précédant l’élection. Le réseau social est très vertement critiqué pour laisser les publicités politiques mensongères – en particulier celles de l’actuel président américain. Mark Zuckerberg a toujours défendu cette politique en insistant sur la liberté d’expression et le fait que des informations erronées propagées par une publicité pouvaient toujours être réfutées. « Dans les derniers jours de l’élection, il pourrait ne pas avoir suffisamment de temps pour contester de nouvelles affirmations » explique aujourd’hui Mark Zuckerberg.

Facebook, qui finalise là ses règles pour l’élection présidentielle, aimerait sortir de l’édition 2020 moins affaibli et discrédité que lors du scrutin qui a vu Donald Trump accéder à la Maison Blanche il y a quatre ans. De longues enquêtes, de la justice et du Parlement américain, ont abondamment démontré que les services de renseignement russes étaient parvenus, sans être ni repérés ni inquiétés, à mener des opérations de manipulation de l’opinion sur Facebook.

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Le spectre d’une manipulation étrangère de l’élection est d’ailleurs réapparu subitement il y a deux jours. Le réseau social a révélé avoir entravé une opération de l’Internet Research Agency, une organisation russe spécialisée dans la propagande en ligne, qui avait été en première ligne dans l’effort russe contre l’élection de 2016. Mais la principale source de désinformation sur Facebook en 2020 pourrait bien être à l’intérieur des Etats-Unis. « Nous voulons nous assurer que les gens puissent s’exprimer s’ils rencontrent des problèmes lors du vote ou s’ils ont été empêchés de voter, mais pas qu’ils diffusent de fausses informations », a résumé Mark Zuckerberg. Une ligne de crête qu’il sera difficile, dans l’effervescence et la tension d’une nuit électorale, de suivre sans basculer dans le vide.

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