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En Biélorussie, l’accès à Internet est toujours perturbé après une nuit de répression

L’accès à Internet était toujours très perturbé en Biélorussie, mardi 11 août, après une nuit de violente répression contre les manifestations qui ont embrasé le pays après l’élection présidentielle de dimanche. Des milliers de Biélorusses sont descendus dans les rues pour protester contre les résultats d’un scrutin opaque et contesté qui a vu Alexandre Loukachenko, l’autocrate à la tête du pays depuis 1994, rafler plus de 80 % des suffrages.

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Perturber l’accès à Internet et priver les manifestants de moyens d’information et d’organisation est un outil désormais habituel des régimes ébranlés par les mouvements populaires. Les perturbations ont ainsi commencé peu avant l’élection, avant d’atteindre un pic dimanche soir, à l’issue de la journée de vote. L’accès à plusieurs sites d’information proches de l’opposition ainsi qu’à ceux d’ONG et de la commission électorale a été bloqué, de même que l’accès à certaines messageries. Visionner YouTube, parcourir Instagram ou utiliser certains VPN, des outils permettant de contourner la censure, relevait aussi du tour de force. Les perturbations se sont étendues jusqu’au populaire jeu en ligne World of Tanks, développé par une entreprise biélorusse.

« Quasiment tout est bloqué »

Selon l’ONG américaine de défense des libertés numériques Access Now, dimanche soir, la moitié du trafic Internet provenant de l’extérieur du pays était bloquée et des « dizaines de sites Internet » inaccessibles. Lundi en fin de journée, le réseau social Twitter a dit constater des tentatives « de blocage et de ralentissement » de ses services dans le pays. De fait, certains fournisseurs d’accès à Internet étaient encore pratiquement coupés du reste du réseau lundi soir.

« Quasiment tout est bloqué » ce mardi, explique au Monde Mikhail Klimarev, directeur de l’organisation russe Internet Protection Society, qui suit de près la situation sur place. « Le trafic Internet a été divisé par dix et les communications sont très lentes ».

Les manifestants se sont rapidement organisés pour contourner le blocage, utilisant des logiciels spécialisés comme TOR ou Psiphon ainsi que des services de VPN qui restent accessibles. Pavel Dourov, cofondateur de la messagerie Telegram, a annoncé avoir pris des mesures pour que ses services, pourtant visés par des mesures de blocage, restent disponibles depuis la Biélorussie. Des groupes Telegram se sont créés pour diffuser des techniques de contournement des blocages.

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Cette restriction d’Internet a été fermement condamnée par la communauté internationale. Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel, a critiqué lundi les « limitations de l’accès Internet » tandis que le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo taclait « l’usage de coupures d’Internet pour limiter la capacité du peuple biélorusse à partager des informations au sujet de l’élection et des manifestations ». Plusieurs dizaines d’ONG ont alerté, dans une lettre ouverte, des responsables de l’ONU sur ces coupures d’Internet, les estimant contraires au droit international.

De douteuses « cyberattaques »

Les opérateurs télécoms biélorusses et les autorités ont mis certaines perturbations sur le compte de « cyberattaques » venues dimanche et lundi « de l’extérieur de la république biélorusse », sans donner davantage de précisions sur leur impact réel. Une ligne de défense reprise lundi par le président réélu Alexandre Loukachenko, selon qui les autorités n’ont rien à voir dans ces perturbations : il a assuré qu’Internet était « bloqué dans le pays depuis l’étranger afin de susciter le mécontentement de la population ».

Dans leur lettre ouverte, les ONG balaient cette explication, préférant voir dans les perturbations d’Internet une « tentative d’isoler [le réseau biélorusse] du reste de l’Internet ». Par ailleurs, un des candidats à l’élection avait déclaré le 30 juillet qu’Andrei Ravkov, secrétaire du Conseil de sécurité biélorusse, avait évoqué devant lui une possible restriction de l’Internet au cas où ce dernier représenterait « une menace directe contre la sécurité du pays ». Selon plusieurs experts, les perturbations pourraient aussi être liées à l’utilisation massive de matériel de surveillance des flux de communications.

Les autorités biélorusses sont coutumières des restrictions d’Internet, à mesure que ce dernier s’est imposé comme source d’information alternative pour les habitants. Et ce d’autant plus que depuis plusieurs semaines, le climat est irrespirable pour la presse : de nombreux journalistes ont été arrêtés et condamnés et plusieurs procédures judiciaires ont été lancées contre des blogueurs. « Les gens ne regardent plus la télévision jour et nuit, ils regardent des chaînes YouTube » notait Boris Goretsky, vice-président de l’association biélorusse des journalistes, interrogé par Voice of America.

De nombreuses ONG avaient rappelé au président Loukachenko, peu avant le scrutin, le risque que ces restrictions faisaient peser sur la société civile et l’honnêteté du scrutin. Elles avaient aussi – finalement en vain – appelé les autorités à « s’assurer qu’Internet reste ouvert, sûr et accessible pendant la période électorale ».

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