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Facebook accusé par une ancienne employée d’avoir ignoré des tentatives de manipulations politiques dans plusieurs pays

Des manipulations politiques qui sont ignorées ou traitées avec des mois de retards. Le site Buzzfeed a révélé, lundi 14 septembre, le contenu explosif d’un mémorandum publié sur les espaces de discussion interne de Facebook. Ecrit par Sophie Zhang, qui travaillait comme data scientist dans le service de Facebook chargé de lutter contre les comportements « inauthentiques » avant son licenciement à la fin d’août, le texte donne plusieurs exemples de situations anormales qui n’ont pas été suffisamment prises au sérieux par le réseau social, selon Mme Zhang.

Les exemples cités par Mme Zhang concernent des pays dans le monde entier. Au Honduras, elle explique qu’il s’est écoulé neuf mois entre la découverte d’un important réseau de faux comptes utilisés pour soutenir le président, Juan Orlando Hernandez, et leur désactivation par Facebook. En Azerbaïdjan, un an s’est écoulé entre les premiers signalements d’un réseau utilisé pour harceler l’opposition et l’ouverture d’une enquête interne par Facebook sur le sujet. En Bolivie et en Equateur, des opérations manifestement illégales n’ont de même pas été traitées, « faute de moyens humains », affirme l’ancienne employée dans son texte.

La situation s’explique, selon Mme Zhang, par le fait que « mon service – et la plupart de Facebook – a pour mission de se concentrer sur les problèmes à grande échelle. Cette approche fait que nous nous sommes concentrés sur le spam. Les impacts civiques ne sont pas considérés comme importants, parce qu’ils représentent un faible volume [de messages], et leur impact gigantesque est ignoré. »

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Des décisions qui ont des conséquences pour des pays entiers

Le document décrit également comment des responsables de moyen niveau, comme l’était Mme Zhang, peuvent régulièrement se retrouver en position de prendre des décisions qui peuvent avoir un impact sur la vie politique d’un pays entier. « J’ai, personnellement, pris des décisions qui avaient des conséquences sur des présidences de pays sans supervision, et pris des sanctions contre un tel nombre de dirigeants politiques dans le monde entier que j’en ai perdu le compte », écrit-elle.

Le document montre également que Facebook, qui publie régulièrement des comptes rendus annonçant le démantèlement de diverses opérations d’influence dans le monde, reste très discret sur une partie des sanctions qu’il prend. En Espagne, la découverte de comportements suspects sur la page officielle du ministère de la santé durant la pandémie de Covid-19 a abouti à la suppression de 672 000 comptes, qui étaient par ailleurs actifs sur d’autres « cibles comparables », y compris aux Etats-Unis. Ces suppressions n’ont pas été mentionnées dans les « rapports de transparence » du réseau social, explique l’ancienne ingénieure de Facebook. De même, un « réseau sophistiqué » qui visait à influencer le déroulement des élections municipales de Delhi (Inde), en février, a été supprimé sans que Facebook ne le dise publiquement, d’après le document.

Dans un communiqué transmis à Buzzfeed et au New York Times, Facebook a répondu à ces accusations que « le travail contre les comportements inauthentiques et coordonnés [le terme utilisé par Facebook pour décrire, notamment, les opérations d’influence menée à travers des faux comptes] est notre priorité, mais nous devons aussi travailler sur les problèmes de spam et les comportements inauthentiques. Chaque dossier fait l’objet d’une enquête détaillée, y compris ceux mentionnés dans la note de Mme Zhang, avant que nous ne décidions d’agir ou que nous portions publiquement des accusations. »

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Le Monde

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