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les erreurs les plus étranges croisées dans « Microsoft Flight Simulator »

C’est un chercheur australien qui est tombé dessus le premier, et l’a partagé sur les réseaux sociaux : une mystérieuse tour de 212 étages, se dressant au milieu de la banlieue de Melbourne. Pas dans la réalité bien sûr, mais dans Microsoft Flight Simulator, le jeu vidéo sorti sur PC le 18 août. Un bug de toute évidence : le dernier « Flight Sim », dont on a dit qu’il était peut-être le plus beau jeu du monde, propose une reproduction de notre planète et de ses villes d’une qualité inédite – en tout cas dans un logiciel grand public.

Le studio bordelais Asobo, qui a travaillé de concert avec Microsoft (propriétaire de la licence et des technologies utilisées pour le jeu), a en effet réussi un travail herculéen : modéliser la Terre tout entière. L’argumentaire marketing du jeu évoque « 1,5 milliard de maisons, et environ deux milliards d’arbres tous placés au bon endroit », stockés en haute définition sur les serveurs de Microsoft et diffusés en direct jusqu’à nos PC grâce à leur technologie de « cloud computing » maison, Azure.

Mais au milieu de cet océan de précision, la moindre approximation – par exemple : un impromptu monolithe – jure. On imagine aisément les raisons derrière ce genre d’aberrations. Dans le cas du monolithe de Melbourne, il s’agit d’une coquille dans OpenStreetMap, l’outil collaboratif qu’utilise Microsoft Flight Simulator pour calculer l’emplacement et la hauteur des bâtiments.

Mais d’autres bâtiments étranges habillent le monde de Flight Sim, des aberrations semblant venir d’une autre planète. Ce n’est certes pas le plus important quand on est aux commandes d’un avion et qu’on passe son temps à 10 000 pieds. Toutefois, Microsoft n’a pas souhaité répondre à nos demandes d’explications concernant ces erreurs magnifiques, presque poétiques. Alors, on s’est contenté de les survoler – après avoir équipé notre ordinateur d’une robuste carte graphique et de quelques barrettes de mémoire vive supplémentaires.

« Oh my god »

C’est, avec la tour de Melbourne, une des autres « erreurs » qui ont secoué la toile : le palais de Buckingham à Londres aurait subi un ravalement de façade bien peu avantageux. A bord de notre Diamond Aircraft DA40 NG, nous prenons la direction de Londres, et ne pouvons faire autrement que de constater l’évidence : la Reine, désormais, veille au destin de ses sujets depuis un bâtiment semblant abriter un centre des impôts. Devant, le Victoria Memorial a été remplacé par quelques maisons ouvrières et une curieuse yourte.

Le palais de Buckingham dans « Microsoft Flight Simulator ».

Faute d’explication de Microsoft, on se perd en conjectures. Dans la plupart des cas, les bâtiments (leur forme générale, emplacement, hauteur…) ont été créés automatiquement par une intelligence artificielle, s’appuyant sur des données librement disponibles sur OpenStreetMap, puis habillés en fonction de l’architecture locale.

Mais Microsoft signale également que 400 grandes villes du monde ont aussi été recréées à l’identique sur la base de données photogrammétriques – qui permettent de recréer des objets en trois dimensions à partir de plusieurs photographies. Londres n’a-t-elle pas bénéficié de ce traitement ? Ou l’image du palais de Buckingham est-elle, pour des raisons de sécurité, de propriété intellectuelle ou autre, impossible à afficher ? Faute de réponse, nous redécollons.

A plat

Direction Stonehenge, dans le sud de l’Angleterre. En partant de l’aérodrome de Thruxton, et en volant quelques minutes vers l’ouest, on espère tomber facilement sur le monument mégalithique le plus célèbre de Grande-Bretagne, voire d’Europe. Mais on se met alors le joystick dans l’œil jusqu’au coude : Stonehenge n’est pas modélisé du tout, et juste représenté par une photo à plat.

Stonehenge dans « Microsoft Flight Simulator ».

Ici, pas de doute sur ce qu’il s’est produit : l’intelligence artificielle chargée de peupler le jeu n’a pas détecté de bâtiment, et s’est contentée de coller au sol les images satellites issues de Bing, le moteur de recherche de Microsoft.

On traverse ensuite la Manche, direction la Bretagne. Près du cap Fréhel, le fort La Latte défie le temps et la mer. Qu’il est majestueux, ce château fort du XIVsiècle, avec son donjon et ses remparts ! Dans Microsoft Flight Simulator, plus prosaïquement, il a été remplacé par une barre d’immeubles esseulée, dans ce coin breton pourtant peu urbain.

Le fort La Latte dans « Microsoft Flight Simulator ».

Nous continuons vers le sud, pour constater encore une fois que l’intelligence artificielle qui a fait sortir les bâtiments de terre s’accommode globalement assez mal des architectures médiévales. Le château des ducs de Bretagne, à Nantes, a ainsi été troqué contre une demi-douzaine de guérites sans âme. On en repère toutefois les remparts, comme plaqués au sol, tristes reliquats de sa gloire passée.

Le château des ducs de Bretagne dans « Microsoft Flight Simulator ».

Pas de jaloux : la plus moderne tour Bretagne, à quelques centaines de mètres de là, a elle été guillotinée. Celle-ci ne compte plus trente-deux étages, comme dans la réalité, mais quatre.

La tour Bretagne de Nantes dans « Microsoft Flight Simulator ».

Pots de yaourts

Plus au sud, d’autres tours ont, elles aussi, une drôle de tête : il s’agit des tours de refroidissement de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), qui ont ici des allures de pots de yaourts géants abandonnés là par quelque dieu oublié.

La centrale nucléaire de Golfech dans « Microsoft Flight Simulator ».

Le cas des ponts est aussi compliqué, certains étant parfaitement reproduits (le pont du Gard est très convaincant). Mais d’autres sont remplacés par des blocs de béton sur lesquels on aurait collé, un peu au hasard, des poutrelles métalliques. Le viaduc de Millau a quant à lui bénéficié d’un traitement particulier, et apparaît sous la forme d’un improbable, bien que sympathique, pont caoutchouteux, semblant fondre progressivement sous l’implacable soleil de l’Aveyron.

Le viaduc de Millau dans « Microsoft Flight Simulator ».

On profite d’être dans le coin pour faire un détour vers Nîmes, à la recherche de ses célèbres arènes. Sans surprise, et comme la plupart des stades du jeu, elle ressemble ici plutôt à une sorte de Fort Boyard réimaginé par Le Corbusier (à noter toutefois que le vélodrome de Marseille est remarquablement modélisé, de même que la Bonne-Mère).

Les arènes de Nîmes dans « Microsoft Flight Simulator ».

Nous terminons notre tour de France en remontant jusqu’à Amiens, pour voir, par curiosité, ce que devient la plus vaste cathédrale de France. Là encore, et même si la forme générale a été conservée, plus de flèche, plus de clocher, mais uniquement un énorme complexe immobilier tiré de l’imagination d’un architecte fou.

La cathédrâle d’Amiens dans « Microsoft Flight Simulator ».

Un mont Rushmore érodé

Le reste du monde n’est pas en reste. A Washington DC, si le Lincoln Memorial est très joliment reproduit, on ne peut pas en dire de même de la Maison Blanche, dont la façade aveugle a quelque chose d’inquiétant.

La Maison Blanche dans « Microsoft Flight Simulator ».

En face, un impressionnant monolithe noir nous toise depuis ses 169 mètres : il s’agit en fait du Washington Monument. La colonne blanche de marbre et de granit apparaît bien pourtant, quand on y regarde de plus près : elle est plaquée au sol, au pied du monument, comme une ombre inversée. A noter : on aurait pu croire que pour des raisons de sécurité, le Pentagone serait flouté (de nombreuses zones militaires le sont). Que nenni.

Le Pentagone dans « Microsoft Flight Simulator ».

On file vers l’ouest, à la recherche d’un autre monument américain mythique : le mont Rushmore. On cherchera pourtant en vain les visages de pierre de Washington, Jefferson, Lincoln et Roosevelt. Ici, le temps a fait son œuvre, et l’érosion a eu raison de la vanité des hommes. C’est en tout cas ce qu’on décide de croire.

Le mont Rushmore dans « Microsoft Flight Simulator ».

L’ouragan Laura

Ce tour d’avion, nous l’avons entamé à la fin août : pratiquement au moment où l’ouragan Laura frappait le sud des Etats-Unis. Partout sur les réseaux de joueurs de Flight Sim, la rumeur court : les pilotes virtuels convergent massivement dans cette direction. En effet, Microsoft Flight Simulator simule également, en temps réel, la météo terrestre.

Sur la carte du jeu, un amas de nuages surplombe effectivement la région des Etats-Unis. Nous décidons de nous téléporter à Louisville, et de voler vers le sud, direction Memphis et cet effrayant mur de nuages, dont la modélisation a bénéficié d’un soin impressionnant.

Les nuages au-dessus de Louisville, aux Etats-Unis, dans « Microsoft Flight Simulator ».
L’ouragan Laura dans « Microsoft Flight Simulator ».

Après avoir traversé 10 000 pieds de nuages, sans subir de vents particulièrement violents, nous arrivons au cœur de l’ouragan. Une zone qui devrait normalement être calme, alors que les enfers se déchaînent partout autour. Nous plongeons. Et nous nous retrouvons devant une indéchiffrable purée de pois.

L’oeil du cyclone (ou son absence) dans « Microsoft Flight Simulator ».

Et des dizaines et des dizaines de joueurs – signalés ici par leur plaque d’immatriculation – venus faire la même chose que nous.

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