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les particuliers ne sont pas conquis

Malgré les débats houleux que le sujet provoque, Emmanuel Macron semble déterminé à lancer le réseau mobile de nouvelle génération en France. On ignore quand Free, SFR et Bouygues Telecom lanceront leur réseau 5G, mais l’opérateur Orange estime « faisable » un démarrage en fin d’année. L’heure du choix pourrait bien avoir sonné pour les particuliers qui souhaitent renouveler leur mobile : faut-il opter pour un modèle 5G, quitte à payer plus cher, ou acheter un smartphone incompatible, au risque de le regretter plus tard ?

Afin de jauger l’intérêt, pour les utilisateurs de smartphones, de la 5G face à la 4G, nous avons épluché les comptes rendus des médias des nombreux pays qui ont lancé leur service 5G, en nous concentrant sur les Allemands, les Britanniques, les Irlandais et les Sud-Coréens, passés à la 5G en 2019 avec des choix techniques proches des nôtres. Les doutes des utilisateurs et des journalistes incitent à ne pas se précipiter pour s’équiper.

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  • Un bénéfice trop léger au départ

L’une des promesses du réseau mobile 5G est de désengorger les antennes aux heures de pointe pour éviter les ralentissements. Cela profitera aux abonnés 5G mais aussi aux usagers de la 4G, comme l’affirmait le PDG d’Orange, Stéphane Richard, sur la chaîne LCI en juin.

En revanche, les abonnés 5G seront seuls à profiter de l’augmentation de la vitesse de connexion promise, qui devrait bien se concrétiser, selon l’analyste en chef du cabinet d’analyse Opensignal que nous avons interrogé. Ian Fogg observe attentivement le déploiement de la 5G dans des dizaines de pays, compilant avec ses équipes les mesures de millions de smartphones, et il estime qu’en France, les débits de téléchargement « devraient atteindre 150 à 250 Mbit/s », ce qui représente approximativement un quadruplement de la vitesse par rapport à la 4G dans les zones urbaines, où la 5G sera d’abord mise en service.

Dans les pays où la 5G est déjà ouverte, beaucoup ne ressentent pas d’effets spectaculaires

Pourtant, dans les pays où la 5G est déjà ouverte, beaucoup ne ressentent pas d’effets spectaculaires. Après avoir essayé le réseau mobile de nouvelle génération, un journaliste du média irlandais The Independant reste dubitatif : « La 5G peut-elle me donner quelque chose que la 4G ne peut pas me donner ? » Un reporter de la chaîne anglaise BBC, parcourant les rues de Londres pour mesurer les débits 5G, est sur la même longueur d’ondes : « Je ne peux pas vraiment vous dire pourquoi je voudrais la 5G pour le moment. »

Des propos qui rejoignent les observations d’un journaliste de l’hebdomadaire allemand Die Zeit : « Me voici sur l’Alexanderplatz, entre l’horloge universelle et la ligne S-Bahn, [un téléphone 5G] dans la main, et je regarde sur mon mobile le cercle rouge qui signale le chargement d’une vidéo tourner dans l’application YouTube. J’avais espéré plus ». Selon lui, l’écart entre la 4G et la 5G au lancement d’une vidéo est négligeable. Les mesures d’Opensignal montrent que dans beaucoup de pays, la 4G assure une qualité de service vidéo jugée « bonne » à « excellente » – « très bonne » en France. Même chose pour l’autre service, particulièrement gourmand, que sont les jeux vidéo.

Fin 2019, Stéphane Richard avertissait, dans le magazine Entreprendre, que la 5G serait vécue par les consommateurs comme une continuité plutôt qu’une rupture forte. Selon beaucoup de journalistes, la différence n’est palpable qu’occasionnellement, lorsqu’on lance le téléchargement d’un film, d’un gros document, d’une application lourde, qui, selon le journaliste du Zeit est alors « disponible beaucoup plus rapidement sur l’appareil 5G ».

Un abonné 5G sud-coréen, interrogé par le Wall Street Journal, déclare qu’il « ne sent pas la différence ». Un constat qui le pousse souvent à couper la 5G sur son mobile car la connexion passe trop de temps à faire l’aller-retour entre 4G et 5G, hachant sa connexion. Ce qui nous amène au deuxième problème de la 5G : elle ne passe pas partout.

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Selon Opensignal, les abonnés 5G étrangers voient rarement le sigle 5G remplacer l’icône 4G en haut de leur écran de mobile. Sur une douzaine de pays analysés particulièrement attentivement (et si l’on exclut l’Arabie saoudite et le Koweït, dont la géographie désertique est radicalement différente de la nôtre), les abonnés 5G n’accèdent à ce réseau que 5 % (en Grande-Bretagne) à 20 % du temps (en Corée du Sud).

Ce qui fait dire à un autre abonné 5G sud-coréen, toujours dans le Wall Street Journal, qu’il a coupé la 5G pendant tout un mois, parce qu’il perdait trop souvent la connexion. Au point d’envisager de revenir à un abonnement 4G. L’Union des consommateurs de Corée, une association de défense des consommateurs, a reçu, en douze mois, près de 2 055 plaintes dénonçant la qualité du réseau 5G – dont un tiers de plaignants faisant part d’une résiliation, en raison de la mauvaise qualité du signal. Le problème est pris au sérieux par le gouvernement du pays. La Corée du Sud est, pourtant, l’un des pays les plus en pointe sur la 5G, en couverture comme en vitesse de connexion.

La couverture est particulièrement mauvaise à l’intérieur des bâtiments, où ses ondes pénètrent moins bien que celles de la 4G

La couverture est particulièrement mauvaise à l’intérieur des bâtiments, où ses ondes pénètrent moins bien que celles de la 4G, « un problème récurrent dans beaucoup de pays ayant déployé la 5G », comme nous l’a confirmé Ian Fogg, d’Opensignal. Elle est toutefois appelée à progresser au fil des années avec la multiplication des antennes, mais aussi par l’emploi de fréquences complémentaires à la bande des 3 500 MHz, de loin la plus utilisée au monde pour la 5G. En la complétant par la bande des 700 MHz, qui opère à une fréquence beaucoup plus basse, la 5G pourra à la fois couvrir des zones plus vastes et pénétrer beaucoup mieux dans les bâtiments, comme le signale l’Agence nationale des fréquences (ANFR), qui y voit un complément logique à la bande des 3 500 MHz. L’ANFR nous a confirmé qu’en France, la bande des 700 MHz était « utilisable dès à présent » en 5G par les opérateurs.

Toutefois, sur cette bande, les débits de la 5G « seront moins rapides, même s’il est difficile de dire à quel point » selon Ian Fogg. L’exemple américain, l’un des très rares pays à avoir lancé la 5G à basse fréquence, rend prudent. AT&T et T-Mobile, les deux opérateurs qui ont déployé beaucoup de stations 5G sur des bandes proches des 700 MHz, n’offrent pas un gros gain par rapport à la 4G, selon les observations du site Tom’s Guide, spécialisé dans les technologies.

En 2023, les opérateurs français pourront investir une nouvelle bande, celle des 1 500 MHz, qui présente un compromis intéressant entre vitesse et couverture, comme l’a annoncé l’Arcep, l’autorité de régulation des télécoms.

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Les consommateurs qui choisiront dans les mois qui viennent l’achat d’un smartphone ne disposant pas de la 5G ne le regretteront probablement pas, et ils feront au passage des économies – un surcoût étant à prévoir pour l’achat d’un mobile 5G, ainsi que pour les forfaits. Même si l’on ignore si chaque opérateur vendra plus cher ses forfaits 5G, il faut s’attendre à un léger renchérissement chez Orange, d’après son PDG Stéphane Richard interviewé par Radio Classique.

Le choix de la patience est d’autant plus sage que dans quelques années, la qualité de la 5G devrait s’améliorer, comme avant elle celle de la 4G, qui a connu des améliorations spectaculaires au fil du temps. On verra peut-être ainsi l’amélioration du « temps de réponse » de la 5G, longtemps vanté par les défenseurs de la 5G, mais « inchangé pour le moment », comme l’observe Ian Fogg. Une évolution pourtant indispensable à la concrétisation des services que les avocats de la 5G mettent en avant depuis des années, comme le jeu multijoueur compétitif en mobilité, la réalité virtuelle de très haute qualité, les drones de livraison, les voitures autonomes, etc.

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