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les skateurs d’aujourd’hui racontent l’influence du jeu sur leur passion

C’est un nom qui ne mettra sans doute pas les mêmes étoiles dans les yeux aux moins de 20 ans qu’aux autres. Tony Hawk, skateur professionnel connu pour avoir été le premier de sa discipline à réaliser une rotation à 900° sur sa planche, est aujourd’hui aussi célèbre pour les jeux vidéo associés à son nom que pour son héritage sportif. Vendredi 4 septembre sort sur PS4, Xbox One et PC une réédition en haute définition de Tony Hawk’s Pro Skater 1+2, les jeux qui ont lancé la saga dans les années 1990.

Pour toute une génération de skateurs ayant grandi avec les Tony Hawk’s Pro Skater, ces jeux ont obtenu un statut de légende. « Il y a des milliers d’enfants et je n’exagère pas qui m’ont dit qu’ils avaient commencé le skateboard grâce à ce jeu », expliquait en août, au site Mashable, le skateur professionnel Chad Muska, personnage régulier du jeu.

Un jeu pionnier

A l’époque de la sortie du premier opus, en 1999, les jeux vidéo pour rouliplanchistes n’envahissaient pas les rayons des magasins : Tony Hawk’s Pro Skater a longtemps fait la course en tête dans sa catégorie. « Quand il est sorti, le seul jeu de skateboard qu’on connaissait était un obscur titre sur borne d’arcade, qu’on n’avait jamais réussi à retrouver », se souvient Greg Poissonnier, cofondateur de la marque Collapse Skateboards, qui vit dans les Landes.

« Enfant, j’étais tellement obsédé par le skateboard que, quand il pleuvait et que je ne pouvais pas en faire, je passais mon temps sur Tony Hawk », se souvient Vincent Milou. Il est aujourd’hui membre de l’équipe de France qualifiée pour les épreuves de skateboard aux Jeux olympiques de Tokyo. « J’ai pu apprendre comment s’appelaient certaines figures, me demander si elles se faisaient en vrai », raconte-t-il.

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A une époque où les vidéos des exploits des professionnels n’étaient pas à portée de clic sur YouTube, les joueurs de Tony Hawk’s Pro Skater étaient récompensés par de courts films présentant les grands noms de la discipline : Eric Koston, Chad Muska, etc. « C’était une révélation. A l’époque, le seul moyen de regarder des vidéos de skate c’était d’attendre la sortie des magazines ou de les acheter sur support physique », raconte Jérémie Grynblat, vétéran du sport et manageur de plusieurs skateurs professionnels. « Les premiers noms de skateurs que j’ai connus ce sont ceux qui étaient dans le jeu », ajoute Vincent Milou.

La culture d’une époque

Les jeux du studio Neversoft sont aussi un pur produit de la culture des années 1990 et du début des années 2000. Musique, style vestimentaire, mentalité… Avec une bande-son composée de hip-hop et de punk rock, « la musique dans le jeu correspondait dans les grandes lignes à ce qu’on pouvait écouter à l’époque », se rappelle Greg Poissonnier.

Interrogé en 2017 par le magazine de skateboard Jenkem, l’artiste en charge du premier jeu de Neversoft, Silvio Porretta, racontait s’être imprégné de la culture des skateurs de l’époque :

« Je me souviens être allé dans des skateshops pour parler aux propriétaires et regarder beaucoup de vidéos. (…) Je m’immergeais dans le monde du skate, je regardais les marques populaires et ce que les sportifs portaient à l’époque. »

La série témoignait aussi d’une culture punk, et l’on pouvait y « jouer » Bam Margera, membre de l’équipe de la série de télé-réalité Jackass, très populaire sur MTV à l’époque, où les participants se lançaient des défis trash et dangereux.

Une culture qui ne parlait pas forcément aux plus jeunes joueurs, comme Vincent Milou, aujourd’hui âgé de 23 ans. « Je ne me voyais pas là-dedans, les gens qui faisaient ça étaient trop grands et j’étais trop jeune, j’étais pas dans cet esprit punk et Jackass », se souvient le sportif.

Une icône dépassée ?

« Les jeunes de 15-16 ans aujourd’hui ne regardent pas Tony Hawk comme nous, on le regardait. Pour eux, c’est surtout une légende. Mais les nouveaux pratiquants ont d’autres icônes », confirme Jérémie Grynblat. Même l’une des nouvelles héroïnes du jeu d’Activision, l’athlète Aori Nishimura, âgée de 19 ans, a reconnu dans Variety n’avoir jamais joué à un jeu Tony Hawk.

Quel est le sens de ressortir en 2020 une série si ancrée dans son époque ?

Se pose alors une question : quel est le sens de ressortir en 2020 une série si ancrée dans son époque ? Pour Greg Poissonnier, la réponse est simple : « Le monde du skate respecte beaucoup ses anciens et sa culture. » Activision ne s’est par ailleurs pas contenté d’appliquer une nouvelle couche de vernis à un jeu vieux de vingt ans. Les skateurs célèbres qu’il est possible d’incarner dans cette réédition ont été remis au goût du jour, avec des icônes récentes comme Nyjah Huston et Lizzie Armanto.

La liste s’est aussi plus largement féminisée par rapport aux précédents épisodes, à l’image de l’évolution de la scène professionnelle de skateboard. « De plus en plus de marques sponsorisent des skateuses et les mettent autant en avant que les garçons. Cette médiatisation permet de décomplexer celles qui n’osaient pas trop, avant », explique Greg Poissonnier.

Un sport qui revient à la mode

Tous les skateurs interrogés s’accordent enfin à dire que leur sport connaît depuis quelque temps un véritable regain de popularité. Jérémie Grynblat évoque un retour de la culture de l’époque, pouvant expliquer pourquoi Tony Hawk’s Pro Skater bénéficie d’un remake en 2020 :

« Le skate revient à la mode, et les années 1990 reviennent à la mode, parce que tous les mecs de ma génération sont devenus parents et mettent leur enfant au skateboard. Toutes les marques des années 1990 sont celles qui vendent le plus à l’heure actuelle. »

Néanmoins, les jeux vidéo de skateboard, eux, ont aussi beaucoup évolué en vingt ans. La série Skate, dont la résurrection a récemment été annoncée par Electronic Arts, a, dans les années 2000 et 2010, grignoté les parts de marché de Tony Hawk. Elle a introduit des mécaniques plus proches de la simulation : un axe qui a été approfondi en 2019 et 2020 avec deux jeux encore plus réalistes et exigeants, Session et Skater XL.

Des titres loin de l’ambiance arcade des Tony Hawk’s Pro Skater, où le but était de réaliser des enchaînements complètement déjantés en appuyant sur quelques boutons. « Le jeu en lui-même m’a juste diverti mais ne m’a pas influencé, ce n’était pas réaliste du point de vue du sport », admet Vincent Millou. Mais pour lui, la série historique d’Activision est trop importante pour disparaître : « C’est quand même légendaire, ça aura toujours une place. Tony Hawk était là en premier et va rester. »

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