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L’implication de Cambridge Analytica dans la campagne du Brexit était limitée… tout comme l’efficacité de ses outils

Cambridge Analytica « n’a effectué qu’un travail limité pour la campagne [pro-Brexit] Leave.eu, au-delà de son implication dans l’analyse des données des membres du parti UKIP ». C’est l’une des principales conclusions de l’enquête menée par l’Information Commissionner Office (ICO – « Bureau du commissaire à l’information ») britannique, qui a publié mercredi 7 octobre ses résultats. Cet organisme indépendant estime, dans un résumé d’une vingtaine de pages, que l’entreprise Cambridge Analytica était bien moins puissante que ce qu’elle laissait croire à ses différents clients.

Au cœur d’un gigantesque scandale de vols de données personnelles en 2018, Cambridge Analytica, qui avait dérobé illégalement des données personnelles de plusieurs dizaines de millions d’Américains sur Facebook, se vantait de ses collaborations avec les partis conservateurs de plusieurs pays, et affirmait avoir développé une technologie d’avant-garde capable de tirer parti d’un profilage psychologique des électeurs pour les convaincre de changer d’avis ou de s’abstenir de voter.

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L’entreprise avançait qu’elle avait collecté « plus de 5 000 points de données par individu sur plus de 230 millions d’adultes », note l’ICO, qui conclut que « les résultats de nos investigations montre qu’il s’agissait d’une exagération ». L’ICO conclut également que les technologies utilisées par Cambridge Analytica pour analyser les données étaient parfaitement standards, plutôt classiques dans le domaine du marketing politique, et que l’entreprise n’avait développé aucune technologie réellement innovante, contrairement à ce qu’elle laissait croire à ses clients.

En interne, des doutes sur l’efficacité des modèles utilisés

Les modèles mathématiques utilisés par Cambridge Analytica étaient en théorie plutôt efficaces, mais « leur application dans le monde réel, à des jeux de données différents de ceux utilisés pour calibrer l’algorithme, étaient vraisemblablement beaucoup moins efficace », écrit l’ICO. L’analyse de mémos internes à l’entreprise montre qu’il existait « un degré de scepticisme au sein de l’entreprise quant à la précision et à la fiabilité des opérations en cours ». Ces conclusions ne sont pas très surprenantes : d’anciens employés de la firme, dont le lanceur d’alerte Christopher Wylie, comme des spécialistes du marketing électoral et de l’analyse de données, avaient déjà mis en cause l’efficacité des produits fournis par Cambridge Analytica et ses filiales.

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Cambridge Analytica est également soupçonnée d’avoir interagi avec des acteurs troubles liés à la Russie, mais l’enquête de l’ICO ne s’est pas étendue à cet aspect. L’organisme dit avoir « transmis à la National Crime Agency [“Agence nationale de lutte contre la criminalité”, chargée d’autres investigations sur l’influence russe au Royaume-Uni] les informations sur des accès à des données émanant de Russie. Nous n’avons pas trouvé d’autres preuves d’une implication de la Russie dans notre analyse des données internes de Cambridge Analytica. »

Le Monde

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