Tuesday , September 22 2020
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Meriem Bennani, vidéaste hyperactive

« J’ai toujours eu ce fantasme de n’avoir aucun plan, d’être juste à la maison, de faire ce que je n’ai jamais le temps de faire, travailler, faire de la musique, en écouter, n’avoir aucune obligation, aucun plan que je voudrais annuler. » Cette phrase, Meriem Bennani, 32 ans, l’a mille fois prononcée, in petto. On la retrouve dans la bouche d’un lézard humanoïde auquel l’artiste marocaine prête sa voix dans le premier épisode de 2 Lizards, l’irrésistible chronique du confinement en huit volets qu’elle a conçue de mars à juillet avec la ­réalisatrice israélienne Orian Barki.

Cela fait cinq ans que Meriem Bennani carbure sans discontinuer, enchaînant les expositions dans des lieux prestigieux : MoMA PS1 en 2016, Biennale du Whitney Museum of American Art en 2019, Fondation Louis Vuitton la même année, Collection Julia Stoschek à Berlin début 2020. Emportée par le carrousel d’un succès précoce, jamais la diplômée de Cooper Union, à New York, ne s’est autorisée de plages d’inactivité pourtant si propices à l’imaginaire. Jamais l’étoile montante de l’art actuel n’a dit non. Difficile en effet d’appuyer sur pause sans courir le risque de disparaître du radar des puissants.

Dans les huit mini-épisodes de « 2 Lizards », deux sauriens, interprétés par Meriem Bennani et Orian Barki, se baladent en conversant dans New York confiné.

Aussi Meriem Bennani a-t-elle accueilli l’hibernation forcée avec une petite pointe de soulagement. D’autant que la pandémie qui, en mars, l’a clouée à New York, où elle a posé ses valises voilà dix ans, n’a pas entamé sa créativité. Bien au contraire. L’isolement lui a permis de réviser ses priorités et de sortir aussi bien du tourbillon que du ronron.

Trompant l’ennui, « comme deux adolescentes qui se divertissent sans enjeu », Meriem Bennani et son amie Orian Barki décident de renouveler le genre du journal intime, sans autre prétention que de traduire, au-delà des courbes et des chiffres diffusés à la télévision, l’état ­d’esprit de leurs contemporains, les craintes et les questions de tout un chacun. Ainsi donnent-elles leurs voix traînantes et leurs pensées à deux sauriens qui vagabondent dans les images réelles d’un New York vidé de ses habitants, commentant les événements avec ce qu’il faut de langueur, d’empathie et de dérision.

Deux jours ont suffi aux duettistes pour boucler le premier épisode. Au fur et à mesure, quelques amis sont arrivés en renfort, prêtant qui sa musique, qui sa voix, qui son expérience, comme cette infirmière du Lenox Hill Hospital, incarnée par une chatte, qui raconte sobrement son triste quotidien. « Petit à petit, c’est devenu plus ambitieux, plus professionnel, confie Meriem Bennani. Exactement tout ce que je ­voulais éviter… »

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