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Nataliya Kosmyna, à la recherche d’une intelligence artificielle éthique

Imaginez une paire de lunettes, d’apparence classique, qui, une fois chaussée, soit capable de décrypter en temps réel l’activité cérébrale d’un conducteur et de l’alerter, par une vibration, s’il s’assoupit au volant.

Ce prototype, qui aurait toute sa place dans un scénario d’anticipation, existe bel et bien. Il se dénomme AttentivU et vaut à la chercheuse en intelligence artificielle (IA) Nataliya Kosmyna, 30 ans, d’être fort courtisée. Depuis sa première publication scientifique sur le sujet en octobre 2018, la postdoctorante au Massachusetts Institute of Technology (MIT) a déjà été invitée par une vingtaine d’entreprises, de Google à Facebook, de Microsoft à NTT Data, de Ford à Honda, afin de « présenter le projet et parler d’éventuelles collaborations ». Ces sollicitations se sont poursuivies « même en période de confinement par écrans interposés », précise-t-elle.

Au cœur d’un tel engouement, un sujet de recherche qui nourrit nombre de fantasmes : l’interface cerveau-machine. Dans un français parfait, la jeune femme d’origine ukrainienne, naturalisée française depuis tout juste un an, souhaite d’emblée démystifier sa discipline : « Il ne s’agit pas de télékinésie [faculté paranormale d’exercer une action directe de la pensée sur la matière]. Quand une personne pense à quelque chose ou ressent une émotion, ses neurones émettent des signaux électriques. Mes travaux consistent à concevoir des algorithmes qui apprennent à les analyser et à y associer une commande qui se transmettra par réseau Wi-Fi ou Bluetooth. » Et d’énumérer, dans une société de plus en plus connectée, les applications espérées de ses recherches : « On peut imaginer commander par la pensée un robot, un objet ménager, un fauteuil roulant… »

Chemin de crête

C’est en 2012 que la communauté scientifique mondiale entend pour la première fois parler de Nataliya Kosmyna. Précoce – elle a commencé à coder à 7 ans –, la jeune femme vient de bénéficier d’une bourse offerte par le gouvernement français et s’est envolée vers Grenoble pour suivre un « Master of Sciences and Artificial Intelligence en anglais », se souvient-elle. C’est de là qu’à 22 ans, elle publie un article sur la commande d’un drone par la pensée. Franck Tarpin, qui cosigne l’article et deviendra son directeur de thèse, se souvient d’une chercheuse au talent hors-norme, domptant la pratique du français en tout juste un an et qui, ajoute-t-il, « a cette qualité rare et fort utile de savoir mettre en scène ses travaux ». « C’est elle, poursuit-il, qui a voulu travailler sur un drone pour que cela soit visuel, donc plus compréhensible. »

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