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On a testé… « Spiritfarer », un voyage mélancolique sur le thème de la mort

Quelque chose avait changé dans l’attitude de Gwen depuis quelques jours. Elle était moins bavarde, plus renfermée. Lorsqu’elle prit enfin la parole, sur la terrasse de son ancienne demeure, elle confirma qu’elle était prête à partir, à quitter ce monde.

Gwen est la passagère d’un navire un peu particulier. A son bord, les âmes des défunts font leur dernier voyage. Ils repensent à leur vie de mortel, ressassent parfois leurs regrets, et quand ils se sentent prêts, ils sont emmenés vers l’Evergate, la porte qui leur fera définitivement quitter le monde.

Spiritfarer, sorti le 18 août sur ordinateur, Playstation 4, Xbox One et Nintendo Switch pour 24,99 euros (en anglais uniquement), se décrit comme « un jeu de gestion chaleureux sur la mort ». On incarne Stella, la « Spiritfarer », la commandante de bord qui fait naviguer les âmes sur ces mers fantaisistes et accompagne les morts.

Mélancolie douce

Dans ce jeu d’aventure, Stella, accompagnée de Daffodil, un chat particulièrement joueur (on peut le caresser), vogue d’île en île pour rencontrer de nouvelles âmes. Au passage, elle peut débloquer de nouveaux pouvoirs pour se déplacer, et surtout améliorer son bateau, qui ressemble vite à un petit village avec des champs, une scierie, et même un enclos à moutons.

Dans une industrie du divertissement qui habitue les joueurs à laisser des piles de cadavres derrière eux, et alors que le genre le plus populaire du moment, le « battle royale », encourage à éviter la mort à tout prix, quitte à l’infliger, Spiritfarer fait partie de cette lignée de jeux indépendants qui abordent avec délicatesse le sujet du deuil. Nombre d’œuvres ont déjà défriché ce sujet (Journey, That Dragon, Cancer, Celeste) et Spiritfarer n’apporte aucune révolution, mais offre tout de même une expérience marquante.

Chaque passager de « Spiritfarer » nous emmène sur les traces de sa vie passée.

Les mers sur lesquelles voguent Stella et ses passagers n’ont rien de sombre, et l’on n’y trouve aucune once de désespoir. A la place, Spiritfarer est traversé en permanence par une forme de mélancolie douce. Notre but, en tant que joueur, est de pousser ces visiteurs à accepter la mort. Une fois leur âme partie, ne reste sur le bateau que l’habitat que l’on avait construit pour chaque personnage, que l’on avait appris à connaître. Au fil du jeu, ces maisons vides se multiplient, rappelant au joueur l’absence de ses compagnons.

Lire aussi « Lie in My Heart », jeu vidéo poignant sur les thèmes du suicide et du deuil

Univers graphique travaillé

Il n’y a presque aucune indication à l’écran, si ce n’est une horloge rudimentaire, et tout est fait pour que l’on soit happé dans l’ambiance et les décors du jeu. Et c’est réussi. Avec son univers graphique travaillé, Spiritfarer ressemble à un tableau vivant. Les développeurs de Lotus Thunder Games signent l’un des plus jolis jeux de 2020. Les jeux de couleurs offrent des spectacles variés, et la première rencontre avec un banc de méduses ou avec un dragon est un véritable émerveillement. On regrette seulement que le tout soit servi par une bande originale parfois trop discrète.

Une fois chaque passager arrivé au bout de sa quête, il traverse l’Evergate pour disparaitre.

Spiritfarer est un jeu dans lequel il est impossible de perdre. Pas de combats, pas de défis limités dans le temps, pas d’optimisation. Il faut nourrir mais aussi faire un câlin aux passagers une fois par jour pour les rendre heureux. Tout est fait pour ne pas sortir le joueur d’une expérience qui le pousse à prendre son temps, et à simplement apprécier. Là où les jeux de gestion ont habitué les joueurs à optimiser la moindre action, Spiritfarer donne presque envie de perdre son temps. Le temps de pêcher sur le pont de son bateau, de s’asseoir sur la proue au soleil couchant, ou de jouer de la guitare pour faire pousser ses radis.

Certes, une routine un peu lassante peut s’installer, une fois les mécaniques du jeu assimilées, et les quêtes finissent par cruellement se ressembler. Mais Spiritfarer est un jeu prenant qui se fait pardonner grâce à son ambiance travaillée et à la finesse de ses galeries de personnages.

En bref

On a aimé :

  • L’ambiance hypnotisante
  • Le plus joli jeu indépendant de l’année

On n’a pas aimé :

  • Les tâches répétitives
  • Le manque de variété
  • Le fait que seule la version en anglais soit disponible pour le moment

C’est plutôt pour vous si…

  • Vous cherchez une expérience touchante et apaisante
  • Vous n’êtes pas trop déprimé(e) en ce moment

Ce n’est plutôt pas pour vous si…

  • L’actualité vous plombe déjà bien assez
  • Vous avez plutôt envie d’un jeu d’action défoulant

La note de Pixels :

9 milles nautiques/10

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