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« Peut-on protéger le créateur sans brider la création ? »

Pertes et profits. Comme en musique ou en littérature, le monde du logiciel est condamné à naviguer dans les eaux troubles où se mélangent inspiration et plagiat. Avec toujours le même dilemme : peut-on protéger le créateur sans brider la création ? Depuis ce lundi 5 octobre, la Cour suprême des Etats-Unis se penche sur des millions de lignes de code. Oracle, spécialiste de l’informatique d’entreprise et des bases de données, accuse Google d’avoir plagié des pans entiers de son célèbre programme Java. Après deux jugements favorables à Google, Oracle a gagné en appel. L’affaire aboutit donc à la Cour suprême, qui fait office de Cour de cassation aux Etats-Unis.

Il est reproché à l’inventeur du célèbre moteur de recherche d’avoir utilisé gratuitement des briques logicielles de Java, appelées API, pour les incorporer dans son système Android qui équipe la majorité des smartphones dans le monde. Utiliser ces éléments de base, qui correspondent à une fonction particulière – par exemple gérer une photo –, permet de gagner du temps et surtout de pouvoir communiquer avec d’autres logiciels utilisant les même briques. C’est ainsi que l’on peut prendre une photo sur un smartphone Android et la lire sur un appareil Apple ou Microsoft.

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Pour Google, cette possibilité d’utiliser librement ces API permet à de nouvelles entreprises de proposer rapidement un produit qui fonctionnera sur les plates-formes existantes. Elle est donc essentielle à la bonne concurrence et au progrès des technologies. Oracle estime de son côté que copier 11 500 lignes de code d’un programme est un plagiat qui nuit à la rémunération juste du propriétaire de Java.

Abus de monopole

Ce genre de querelle existe depuis la nuit des temps. C’est pour cela que l’on a inventé le brevet et la propriété intellectuelle au XIXe siècle, afin de protéger les inventeurs. Mais le brevet est vite apparu comme une arme au service des monopoles pour bloquer l’arrivée de nouveaux concurrents. Il est d’ailleurs cocasse que Google, qui se présente en défenseur de la veuve et de l’orphelin numérique et fait même témoigner une association de défense des aveugles, soit cette même semaine accusée par la Chambre des représentants d’abuser de son monopole.

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A l’inverse, Oracle, qui réclame 9 milliards de dollars de dédommagement, a oublié qu’il doit sa fortune à la copie d’un logiciel d’IBM dans les années 1970. Vérité à la Cour suprême… Et pour corser le tout, l’affaire oppose un soutien affirmé de Donald Trump, Larry Ellison, le fondateur d’Oracle, à de farouches partisans des démocrates. Avec l’âge, on devient conservateur et attaché à sa propriété, c’est dans la nature des choses, même chez les informaticiens.

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