Sunday , September 27 2020
Home / ARTIFICIAL INTELLIGENCE / sortir les poubelles rapporte moins que d’avoir de bonnes notes

sortir les poubelles rapporte moins que d’avoir de bonnes notes

Faut-il rémunérer son enfant pour qu’il lave la voiture ? Pour récompenser ses bonnes notes en maths ? Voire pour qu’il débarrasse la table, le soir ? Chaque famille ou presque a sa façon de faire, liée à son rapport à l’argent et au travail, à ses principes éducationnels, à son organisation interne. Tout sauf anodines, ces questions ont pris une dimension technologique avec l’émergence d’applications permettant de gérer les tâches familiales ou les comptes bancaires des ados.

L’application de la néobanque Pixpay, dédiée aux 10-18 ans et lancée fin 2019, par exemple, ou encore l’offre « junior » de la néobanque pour adultes Revolut, initiée au printemps 2020, permettent en effet aux parents d’assigner des « missions » à leurs enfants par voie numérique, contre rémunérations en euros, directement versées sur leur compte.

Des tâches ménagères, surtout

Quelles sont les missions les plus courantes ? Combien rapportent-elles ? Pixpay, qui revendique plus de 10 000 utilisateurs, a analysé 1 639 missions lancées via son application par 3 024 parents, entre le 1er janvier et le 25 mai.

Résultat : les tâches ménagères sont les plus prisées (69 % des missions : faire le ménage ou la cuisine, tondre la pelouse, etc.), loin devant les missions liées à la scolarité (15 % : avoir de bonnes notes, faire ses devoirs, lire), au comportement à la maison (12 % : être sage, ne pas manger trop de bonbons, limiter l’utilisation de son smartphone, et même… se laver), et aux soins des animaux domestiques (4 %).

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Changer de banque ? Les points à vérifier avant de choisir

Les trois missions récurrentes les mieux rémunérées sont s’occuper de ses frères et sœurs (12,97 euros, en moyenne), nettoyer la voiture (12,65 euros), être sage (11,74 euros), ou encore avoir de bonnes notes (11,45 euros), indique l’étude. A contrario, mettre et débarrasser la table (2,43 euros), faire la vaisselle (3,28 euros) et sortir les poubelles (3,91 euros) comptent parmi les moins bien payées. Tout comme… être gentil avec ses grands-parents (2,10 euros).

Les risques psychologiques

Cette fonctionnalité, bien sûr optionnelle, est utilisée « par les familles qui veulent inculquer le fait que l’argent ne tombe pas du ciel », avait expliqué au Monde l’équipe de Pixpay début 2020, alors que la néobanque pour ados concurrente au modèle le plus proche, Xaalys, avait quant à elle choisi de ne pas proposer l’option.

Rémunérer des tâches, la pratique est en effet loin de faire l’unanimité au sein des familles. « J’ai des échos très différents », explique Laurence Peltier, psychologue et consultante pour Pixpay. « Certains parents considèrent que tout travail doit être rémunéré, d’autres objectent qu’eux-mêmes ne sont pas payés pour faire le ménage, ou qu’il est normal que chacun participe aux tâches du quotidien. »

Si, dans tous les cas, elle déconseille la pratique avant les 10 ans de l’enfant, et estime qu’elle peut se concevoir pour des travaux ponctuels (tondre la pelouse, etc.), elle recommande de l’éviter pour les tâches du quotidien, comme mettre la table ou vider le lave-vaisselle, afin que l’enfant comprenne que « la vie en collectivité requiert des efforts », un apprentissage crucial.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Comment parler de l’argent à son enfant ?

Rémunérer les bonnes notes n’est pas non plus opportun à ses yeux, « en dehors de moments symboliques », comme le brevet ou le bac. « L’enfant risque de perdre le sens de l’école, de travailler pour l’argent et non pour lui, sans compter que cela peut contribuer à déprécier l’estime de soi, notamment en cas de difficultés à l’école. »

« Ne pas mélanger les genres »

Quant à mettre l’argent au profit de l’affectif (payer son enfant pour qu’il soit gentil avec quiconque), « cela biaise les relations et peut laisser des traces profondes », alerte-t-elle, conseillant aux parents de réfléchir à la place qu’ils souhaitent conférer à l’argent. « Il y a un vrai risque à tout centrer sur l’argent », martèle-t-elle.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le boom des cartes de paiement pour ados

Elle recommande, enfin, de ne pas « mélanger les genres », entre ces missions éventuellement récompensées et l’argent de poche régulier qui, de son côté, a des vertus plus consensuelles.

« Il permet notamment d’apprendre à devenir autonome financièrement, mais aussi à mieux se connaître, en découvrant comment on a envie d’utiliser son argent de poche. Mieux vaut donc ne pas opérer un quelconque chantage sur cet argent de poche. »

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *