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Tout comprendre à la bataille entre Apple, Google et le créateur de « Fortnite »

Depuis plus de deux semaines, trois des plus grandes entreprises américaines du numérique, le constructeur Apple, Google et le géant du jeu vidéo Epic Games (Fortnite) s’affrontent en public et devant les tribunaux de Californie. D’autres entreprises, dont Facebook, Microsoft et Spotify, ont rejoint cette bataille pour soutenir Epic Games. Avec comme enjeu l’un des piliers de l’économie des applications pour smartphone : la commission prélevée par les distributeurs sur une partie des revenus des développeurs.

Comment sont distribuées les applications pour smartphone ?

Tous les smartphones fonctionnent aujourd’hui avec des applications, des logiciels téléchargés et installés sur le téléphone : banque, réseaux sociaux, jeux vidéo, etc. L’immense majorité des téléphones en circulation sont soit des iPhone fonctionnant avec iOS, soit des téléphones de divers constructeurs équipés d’Android, le système d’exploitation développé par Google.

Sur iPhone (et sur iPad), toutes les applications doivent être téléchargées sur l’App Store, le magasin virtuel d’Apple où le constructeur contrôle les logiciels qui peuvent être installés sur ses appareils.

Sur Android, il faut passer par le Google Play Store, qui fonctionne comme l’App Store. Il est possible de contourner ce magasin officiel, mais cette option est déconseillée pour des raisons de sécurité, car il est alors plus difficile de contrôler ce que l’on installe.

Une situation de monopole

Le système d’exploitation iOS équipe une part minoritaire des téléphones, les iPhone ne représentant que 15 à 20 % du marché, tandis qu’Android est présent sur environ trois quarts des smartphones, selon la plupart des analystes. Google et Apple sont de fait dans une situation où ils détiennent à eux deux l’immense majorité du marché des systèmes d’exploitation pour mobiles et tablettes.

Il faut toutefois noter qu’iOS est historiquement un plus gros marché pour les développeurs qu’Android. En 2018, selon le cabinet Sensor Tower, les ventes sur l’App Store ont généré deux fois plus de revenus en 2019 que celles sur le Google Play Store.

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Comment la commission est-elle prélevée par Apple et Google ?

Pour de nombreuses applications, il est possible soit de souscrire à un abonnement payant, soit de réaliser des achats de biens virtuels directement dans l’application. Google et Apple ont mis en place des systèmes de paiement qui permettent de faciliter ces transactions mais prélèvent en contrepartie une commission de 30 % sur celles-ci.

  • L’achat d’une application

Lorsqu’un utilisateur achète une application sur l’App Store ou le Google Play Store, comme un jeu vidéo par exemple, Apple et Google prélèvent 30 % du prix de vente.

  • Les achats « in app »

Les transactions effectuées à l’intérieur d’une application pour des biens ou services virtuels sont également taxées à hauteur de 30 %. C’est ainsi ce qui arrive quand un joueur de Pokémon Go achète des objets dans le jeu.

Dans le cadre des abonnements souscrits pour des services (streaming musical, presse, etc.) disponibles sur des applications, la situation est plus compliquée.

Pour iOS : si l’abonnement a été souscrit directement par l’utilisateur dans l’application, alors Apple prélève 30 % du montant de l’abonnement la première année, puis 15 % à partir de la deuxième année.

Pour Android : Google prélève une commission sur les abonnements selon le même principe. Néanmoins, les règles d’utilisation du Google Play Store spécifient qu’il est possible de ne pas passer par le système de paiement de l’entreprise pour les abonnements qui concernent des contenus « pouvant être consommés en dehors de l’application ».

Par exemple, il n’est pas possible de s’abonner directement à Spotify depuis l’application iOS (contrairement à l’application Android) car Spotify demande aux possesseurs d’iPhone de s’abonner sur son site Internet afin de contourner la commission prise par Apple. Le même système a été mis en place par Netflix, où il est possible de s’abonner directement dans l’application sur Android, mais pas sur iOS.

Quels revenus ne sont pas taxés ?

Les développeurs peuvent, pour monétiser leur application, y afficher des publicités. Ces revenus ne sont pas taxés par Apple. En revanche, AdMob, la régie publicitaire de Google, gagne de l’argent sur les publicités qui sont diffusées, que ce soit sur des applications iOS ou Android.

Enfin, les transactions concernant des biens ou services matériels (Uber, Amazon, Airbnb) ne font pas l’objet de commissions, sur iOS comme sur Android.

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Comment sont justifiées ces commissions ?

De nombreux studios et développeurs estiment aujourd’hui que la commission prise par Apple et Google est trop élevée. Lors d’une audition devant le Congrès américain en juillet, le PDG d’Apple, Tim Cook, a estimé que la part prélevée par l’App Store sur les revenus générés par les applications était bien moins élevée que ce qui était pratiqué par les magasins qui distribuaient des logiciels :

« Les commissions d’Apple sont comparables voire plus basses que celles prélevées par la majorité de nos concurrents. Et elles sont bien plus basses que la taxe de 50 à 70 % que les développeurs payaient pour distribuer leurs produits avant l’App Store. »

Le PDG de Google, Sundar Pichai, a défendu la commission du Google Play Store de la même façon en février 2019, arguant que l’entreprise, en maintenant et en sécurisant son magasin en ligne, fournissait un service, et que le prélèvement de 30 % sur certaines transactions était standard dans l’industrie.

Lire aussi Jeux vidéo : l’éditeur de « Fortnite » se voit interdire l’accès au magasin d’applications d’Apple

Combien prennent les autres plates-formes de distribution de logiciels ?

Tim Cook et Sundar Pichai ont raison sur un point : les 30 % prélevés par Apple et Google restent aujourd’hui encore la norme sur la plupart des grandes plates-formes d’achat et de téléchargement de jeux et logiciels en ligne. Mais Apple, comme le rappelle le New York Times, est aussi un des pionniers du marché, et a ainsi participé à imposer ce montant comme référent dans le secteur. Ce prélèvement était également pratiqué par Apple sur iTunes, sa plate-forme de distribution de musique en ligne, bien antérieure à l’App Store, né en 2008.

Par ailleurs, les autres grands distributeurs sont aujourd’hui visés par les mêmes accusations qu’Apple. A commencer par Steam, magasin en ligne de Valve, et plate-forme indispensable pour les développeurs qui souhaitent vendre leurs jeux en ligne. Face à une explosion de l’offre, et à un marché de moins en moins vivable pour les studios, la commission de 30 % prise par Valve a été vivement critiquée, et jugée trop haute. Si bien qu’en 2018, Valve a revu sa politique et ajusté la commission pour les jeux vidéo les plus vendus sur sa plate-forme.

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