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Une entreprise américaine à l’origine de campagnes de désinformation en Amérique latine

Cinquante-cinq comptes et 42 pages Facebook, ainsi que 36 comptes Instragram, jugés coupables d’avoir cherché à monter des campagnes d’influence dans trois pays d’Amérique latine (Bolivie, Venezuela, Mexique), ont été supprimés à la fin d’août par Facebook. Jusque-là rien qui ne sorte particulièrement de l’ordinaire : le réseau social annonce régulièrement avoir démantelé des campagnes de désinformation, rassemblant quelques dizaines de comptes, dans le monde entier.

Mais ces campagnes n’étaient pas tout à fait comme les autres : d’abord, parce qu’elles émanaient d’une entreprise américaine, un cabinet de lobbying politique appelé CLS Strategies installé à Washington. Et parce que son ampleur était également hors norme : ces pages ont dépensé plus de 3 millions d’euros en publicités ciblées sur Facebook et Instagram, selon des chercheurs de l’université de Stanford.

Les pages identifiées par Facebook et ces chercheurs ciblaient principalement les habitants de la Bolivie, où des élections sont prévues le 18 octobre, et du Venezuela, où l’instabilité politique est chronique. Une plus petite partie des messages visaient des habitants du Mexique. Les différentes campagnes avaient pour objet de soutenir la présidente (conservatrice) par intérim, Jeanine Añez, en Bolivie et l’opposition conservatrice au Venezuela. Certains des messages diffusaient de fausses informations : l’une des pages boliviennes se faisait passer pour un site de vérifications, et dans au moins un cas a diffusé un message contredisant les conclusions de fact-checkers indépendants, qualifiés de « fake news ».

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Enquête interne

Sollicitée par le Washington Post, CLS strategies affirme que ses opérations en Amérique latine ne sont pas comparables aux opérations d’influence comme celles, émanant de Russie, qui avaient perturbé la campagne électorale de 2016 aux Etats-Unis. « Notre travail en Amérique latine, et notamment l’opposition à des régimes dictatoriaux, n’est pas effectué pour le compte d’entités étrangères – notre travail est financé et dirigé par des clients des pays en question », affirme le PDG de l’entreprise, Bob Chlopak, dans un communiqué transmis au quotidien américain. L’entreprise affirme avoir lancé une enquête interne, avec l’appui d’un cabinet d’avocats, et mis à pied la directrice de sa branche latino-américaine.

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Le cabinet de Jeanine Añez a confirmé avoir sollicité les services de CLS Strategies, mais uniquement pour des opérations de lobbying à Washington « en soutien à la démocratie bolivienne ». Selon la présidente bolivienne par intérim, CLS Strategies a uniquement servi d’intermédiaire pour organiser des rencontres avec des responsables de l’administration américaine. Les chercheurs de Stanford ont retrouvé la trace d’un contrat d’un montant de 76 000 euros passé entre CLS Strategies et la présidence bolivienne.

Le sujet des campagnes d’influence est particulièrement sensible aux Etats-Unis, deux ans après le scandale Cambridge Analytica, du nom d’une entreprise américano-britannique qui avait aspiré illégalement de gigantesques quantités de données personnelles pour mener des campagnes de soutien à des candidats de la droite américaine. Mais aussi parce que ce n’est pas la première fois que des groupes privés américains sont accusés de mener des campagnes de désinformation à l’étranger : en 2018, Facebook avait dû bloquer en catastrophe les publicités politiques étrangères en Irlande, à quelques semaines d’un référendum important sur le droit à l’avortement. Plusieurs ONG avaient dénoncé des campagnes publicitaires massives financées par des groupes américains antiavortement dans le pays.

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